Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : La vieille et les deux servantes
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
La vieille et les deux Servantes,  Livre V, fable 6
 

LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES

 Il était une Vieille ayant deux Chambrières.
 Elles filaient si bien que les Soeurs Filandières (1)
 Ne faisaient que brouiller au prix (2) de celles-ci.
 La Vieille n'avait point de plus pressant souci
 Que de distribuer aux Servantes leur tâche.
Dès que Téthis chassait Phébus aux crins dorés (3),
Tourets (4) entraient en jeu, fuseaux étaient tirés ;
            Deçà, delà, vous en aurez ;
            Point de cesse, point de relâche.
Dès que l'aurore, dis-je, en son char remontait,
Un misérable ccoq à point nommé chantait :
Aussitôt notre Vieille, encor plus misérable
S'affublait d'un jupon crasseux et détestable,
Allumait une lampe, et courait droit au lit
Où, de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,
            Dormaient les deux pauvres servantes.
L'une entr'ouvrait un œil ; l'autre étendait un bras ;
             Et toutes deux, très mal contentes,
Disaient entre leurs dents : Maudit Coq tu mourras.
Comme elles l'avaient dit, la bête fut grippée (5);
Le Réveille-matin eut la gorge coupée.
Ce meurtre n'amenda nullement leur marché.
Notre Couple au contraire à peine était couché,
Que la Vieille, craignant de laisser passer l'heure,
Courait comme un Lutin par toute sa demeure.
            C'est ainsi que le plus souvent,
Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,
            On s'enfonce encor plus avant :
            Témoin ce Couple et son salaire.
La Vieille, au lieu du coq les fit tomber par là
            De Charybde en Scylla (6).


On en trouve les sources chez Esope : "La
Femme et les Servantes" (recueil Névelet)
Voici l'histoire de deux servantes qui crurent voir la fin
de leurs maux avec la mort du coq qui les réveillait
chaque matin, et qui tombèrent dans un état pire encore
lorsque cela arriva...Bonne lecture !

 

(1) nom "poétique" des Parques : dans la mythologie,
 elles étaient les divinités qui présidaient à la naissance, à la vie et à la mort des humains (Nona, Décima et Morta)
(2) ne faisaient que mettre du désordre en comparaison de...
(3) les poètes grecs et latins représentaient le char du soleil sortant de la mer le matin et s'y replongeant le soir
(4) dévidoirs (d'après la gravure de Chauveau )
(5) ravie, saisie
(6) Charybde était un tourbillon redouté du détroit de Messine.
Si on l'évitait, on touchait souvent le récif de Scylla, tout proche. D'où le proverbe qui signifie aller d'un mal à un autre, pire encore.

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