Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : Du thésauriseur et du singe
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
Du Thésauriseur et du Singe,  Livre XII, fable 3
 
LE THESAURISEUR ET LE SINGE

 

 

Un homme accumulait. On sait que cette erreur
               Va souvent jusqu'à la fureur.
Celui-ci ne songeait que ducats et pistoles.
Quand ces biens sont oisifs (1), je tiens qu'ils sont frivoles.
               Pour sûreté de son trésor,
Notre avare habitait un lieu dont Amphitrite (2)
Défendait aux voleurs de toutes parts l'abord.
Là d'une volupté selon moi fort petite,
Et selon lui fort grande, il entassait toujours :
               Il passait les nuits et les jours
A compter, calculer, supputer sans relâche,
Calculant, supputant, comptant comme à la tâche :
Car il trouvait toujours (3) du mécompte à son fait.
Un gros Singe, plus sage, à mon sens, que son maître
Jetait quelque doublon toujours par la fenêtre,
               Et rendait le compte imparfait.
               La chambre bien cadenassée
Permettait de laisser l'argent sur le comptoir.
Un beau jour, dom Bertrand (4) se mit dans la pensée
D'en faire un sacrifice au liquide manoir.
               Quant à moi, lorsque je compare
Les plaisirs de ce singe à ceux de cet avare,
Je ne sais bonnement auxquels (5) donner le prix.
Dom Bertrand gagnerait près de certains esprits ;
Les raisons en seraient trop longues à déduire.
Un jour donc l'animal qui ne songeait qu'à nuire,
Détachait du monceau, tantôt quelque doublon,
               Un jacobus, un ducaton (6),
               Et puis quelque noble à la rose (7);
Eprouvait son adresse et sa force à jeter
Ces morceaux de métail qui se font souhaiter
               Par les humains sur toute chose.
S'il n'avait entendu son Compteur à la fin
               Mettre la clé dans la serrure,
Les ducats auraient tous pris le même chemin,
               Et couru la même aventure ;
Il les aurait fait tous voler jusqu'au dernier
Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.
Dieu veuille préserver maint et maint financier
;;;;;;;;;;;;; Qui n'en fait pas meilleur usage.

              

La trame de la fable suivante publiée dans "Le Mercure galant en 1691, est puisée dans une grande collecte de contes et de récits publiés au XVIème : "Les facétieuses nuits"de Straparole
(Un marchand gênois vend du vin coupé d'eau ;
le singe jette à la mer la moitié du gain, ce qui correspond
à l'eau ajoutée... Le marchand voit là une volonté divine, et s'apaise...)

Dans "le Page disgracié" qui raconte de façon romancée sa
jeunesse errante et aventureuse, Tristan l'Hermite (1601-1655) donne une version de ce conte plus proche de celle de L.F. : Le singe, monté sur un toit, jette au peuple et aux soldats l'or d'un trésorier-payeur au cours d'une campagne militaire. L'histoire du singe montre indirectement la malhonnêteté des gens de finance.

 

(1) ne rapportent rien
(2) déesse grecque de la mer, épouse de Poséïdon
(3) souvent
(4) le singe
(5) auquel
(6) jacobus : monnaie d'or anglaise;
 ducaton : ducat d'argent italien
(7) sorte de monnaie d'or, grande et large comme un
fort grand écu d'or.

illustration : Grandville

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