Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : Les poissons et le cormoran
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Fable, Jean de La Fontaine, 
Les Poissons et le Cormoran,  Livre X, fable 3
 

Les Poissons et le Cormoran

Il n'était point d'étang dans tout le voisinage
Qu'un Cormoran (1)n'eût mis à contribution.
Viviers et réservoirs lui payaient pension (2).
Sa cuisine allait bien : mais, lorsque le long âge
               Eut glacé le pauvre animal,
               La même cuisine alla mal.
Tout Cormoran se sert de pourvoyeur (3) lui-même.
Le nôtre, un peu trop vieux pour voir au fond des eaux,
               N'ayant ni filets ni réseaux (4),
               Souffrait (5) une disette extrême.
Que fit-il ? Le besoin, docteur en stratagème,
Lui fournit celui-ci. Sur le bord d'un Etang
               Cormoran vit une Écrevisse.
Ma commère, dit-il, allez tout à l'instant
               Porter un avis important
               A ce peuple. Il faut (6) qu'il périsse :
Le maître de ce lieu dans huit jours pêchera.
               L'Écrevisse en hâte s'en va
               Conter le cas : grande est l'émute (7).
               On court, on s'assemble, on députe
               A l'Oiseau : Seigneur Cormoran,
D'où vous vient cet avis ? Quel est votre garant ?
               Êtes-vous sûr de cette affaire ?
N'y savez-vous remède ? Et qu'est-il bon de faire ?
Changer de lieu, dit-il.  Comment le ferons-nous ?
N'en soyez point en soin (8): je vous porterai tous,
               L'un après l'autre, en ma retraite.
Nul que (9) Dieu seul et moi n'en connaît les chemins :
               Il n'est demeure plus secrète.
Un Vivier que nature y creusa de ses mains,
               Inconnu des traîtres humains,
               Sauvera votre république.
               On le crut. Le peuple aquatique
               L'un après l'autre (10) fut porté
               Sous ce rocher peu fréquenté.
               Là Cormoran le bon apôtre,
               Les ayant mis en un endroit
               Transparent, peu creux, fort étroit,
Vous les prenait sans peine, un jour l'un, un jour l'autre.
               Il leur apprit à leurs dépens
Que l'on ne doit jamais avoir de confiance
               En ceux qui sont mangeurs de gens.
Ils y perdirent peu, puisque l'humaine engeance
En aurait aussi bien croqué sa bonne part ;
Qu'importe qui vous mange ? homme ou loup ; toute panse
               Me paraît une (11) à cet égard ;
               Un jour plus tôt, un jour plus tard,
               Ce n'est pas grande différence.


Sources : Pilpay Le Livre des Lumières p. 92-95 où le cormoran est étranglé par les pinces de l'écrevisse qui a deviné sa ruse.

 

 

 

 

(1) le cormoran plonge pour se nourrir de poissons
(2) tribut
(3) celui qui pourvoit sa maison de vivres
(4) filets pour les poissons, réseaux pour les oiseaux
(5) endurait

 

 

 

(6) il est inévitable


(7) l'émeute

(8) inquiétude

(9) nul..sinon Dieu

(10) les poissons, l'un après l'autre

(11) équivalente


les poissons et le cormoran, illustration : grandville
Illustration : Grandville
 

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