Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fables Jean de La Fontaine : Les membres et l'estomac ; les grenouilles qui demandent un roi
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison

Fables de Jean de La Fontaine :

Les Membres et l'Estomac  L. III, 2

Les Grenouilles qui demandent un Roi L.III, 4

Ménénius Agrippa, en 494 av. JC, conte cette fable à la plèbe (classe sociale la moins élevée) qui a fait sécession (Tite-Live  Histoire romaine II, 32) et la décide à faire la paix  avec la classe sociale la plus élevée (les patriciens).
L' "insigne entre les fables" se rencontre assez souvent.
L.F. lui donne un sens politique et décrit la monarchie comme elle fonctionne à son époque.


    LES MEMBRES ET L'ESTOMAC (*)

        Je devais par la royauté
        Avoir commencé mon ouvrage :
        À la voir d'un certain côté,
        Messer Gaster** (1) en est l'image.
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
De travailler pour lui les Membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
Il faudrait, disaient-ils, sans nous, qu'il vécût d'air.
Nous suons, nous peinons, comme bêtes de somme ;
Et pour qui ? Pour lui seul, nous n'en (2) profitons pas ;
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chommons, c'est un métier (3) qu'il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait. Les Mains cessent de prendre,
    Les Bras d'agir, les Jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster qu'il en (4) allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent.
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur ;
Il ne se forma plus de nouveau sang au coeur :
Chaque Membre en souffrit : les forces se perdirent ;
        Par ce moyen, les Mutins virent
Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux,
A l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.
Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale :
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle, et réciproquement
        Tout tire d'elle l'aliment.
Elle fait subsister l'Artisan de ses peines,
Enrichit le Marchand, gage le Magistrat,
Maintient (5) le Laboureur, donne paye au Soldat,
Distribue en cent lieues ses grâces souveraines ;
        Entretient seule tout l'Etat.
        Ménénius le sut bien dire.
La Commune (6) s'allait séparer du Sénat :
Les mécontents disaient qu'il avait tout l'empire,
Le pouvoir, les trésors, l'honneur, la dignité ;
Au lieu que tout le mal était de leur côté,
Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.
Le peuple hors des murs était déjà posté.
La plupart s'en allaient chercher une autre terre,
        Quand Ménénius leur fit voir
        Qu'ils étaient aux Membres semblables,
Et par cet apologue, insigne entre les fables,
        Les ramena dans leur devoir. (7)

(*) Source : Esope. L'apologue est l'un des plus connus
dans le monde antique (note de début)
** L'Estomach (note de La Fontaine)
(1) l'expression vient de Rabelais (Quart Livre chap. 57)
(2) nous ne profitons ni de cette sueur ni de cette peine
(3) (chômons) chômage est métier ! antithèse comique de L.F.
(4) de la nourriture
(5) maintenir : donner secours et protection
(6) la plèbe
(7) ainsi se rétablit la paix...comme cela est annoncé en introduction
...La boucle est fermée !

 Au cas où vous ne seriez pas satisfait(e)s de votre (ou de vos)
supérieurs, (on ne sait jamais...) la lecture de la fable suivante peut vous être d'un grand secours...
La Fontaine s'inspire d' Esope "Les grenouilles qui réclamaient un roi" et de Phèdre I,2 .
La traduction de la fable d'Esope par daniel Loayza
(GF-Flammarion) se termine ainsi : "La fable montre qu'il vaut mieux avoir pour chefs des hommes nonchalants, mais sans méchanceté, que de cruels fauteurs de trouble."
Dans "Les membres et l'estomac" L.F. cherchait à justifier
le principe du pouvoir royal. Ici, il affiche plutôt une sorte
de résignation, tout en gardant une distance intérieure vis-à-vis de l'orde établi. Il y ajoute l'humour..
(video)
LES GRENOUILLES QUI DEMANDENT UN ROI

            Les Grenouilles, se lassant
            De l'état démocratique,
            Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin (1) les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un Roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
            Que la gent marécageuse,
            Gent fort sotte et fort peureuse,
            S'alla cacher sous les eaux,
            Dans les joncs, dans les roseaux,
            Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau ;
            Or c'était un Soliveau (2),
De qui la gravité fit peur à la première
            Qui, de le voir s'aventurant (3)
            Osa bien quitter sa tanière (4).
            Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant,
            Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière,
       Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi.
Le bon Sire le souffre et se tient toujours coi (5).
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
            Qui les croque, qui les tue,
            Qui les gobe à son plaisir,
            Et Grenouilles de se plaindre ;
Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir
        À ses lois croit-il nous astreindre ?
        Vous avez dû(6) premièrement
        Garder votre gouvernement  ;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier Roi fut débonnaire et doux :
            De celui-ci contentez-vous,
            De peur d'en rencontrer un pire.

(1) Jupiter
(2) petite solive (pièce de charpente)
(3) s'aventurant à le voir
(4) son refuge
(5) il supporte en silence
(6) vous auriez dû


Gustave Moreau
Aquarelle préparatoire

"Le Monarque des Dieux
Leur envoie une Grue
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir."

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