Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine Le Loup et les Bergers
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Fable, Jean de La Fontaine, 
Le Loup et les Bergers,  Livre X, fable 5   
 

LE LOUP ET LES BERGERS

             Un Loup rempli d'humanité
            (S'il en est de tels dans le monde)
            Fit un jour sur sa cruauté,
Quoiqu'il ne l'exerçât que par nécessité,
            Une réflexion profonde.
Je suis haï, dit-il, et de qui ? De chacun.
            Le Loup est l'ennemi commun :
Chiens, chasseurs, villageois, s'assemblent pour sa perte.
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris ;
C'est par là que de loups l'Angleterre est déserte : (1)
            On y mit notre tête à prix.
            Il n'est hobereau (2) qui ne fasse
            Contre nous tels bans (3) publier ;
            Il n'est marmot osant crier
Que du Loup aussitôt sa mère ne menace.
            Le tout pour un Âne rogneux, (4)
Pour un Mouton pourri (5), pour quelque Chien hargneux,
            Dont j'aurai passé mon envie.
Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ;
Paissons l'herbe, broutons ; mourons de faim plutôt.
            Est-ce une chose si cruelle ?
Vaut-il mieux s'attirer la haine universelle ?
Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rôt
            Mangeants un agneau cuit en broche.
            Oh, oh, dit-il, je me reproche
Le sang de cette gent. Voilà ses Gardiens
            S'en repaissants eux et leurs Chiens ;
            Et moi, Loup, j'en ferai scrupule ?
Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule.
            Thibaut l'Agnelet passera (6)
            Sans qu'à la broche je le mette ;
Et non seulement lui, mais la mère qu'il tette,
            Et le père qui l'engendra.
Ce Loup avait raison. Est-il dit qu'on nous voie
            Faire festin de toute proie,
Manger les animaux, et nous les réduirons
Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons ?
            Ils n'auront ni croc (7) ni marmite ?
            Bergers, bergers, le loup n'a tort
            Que quand il n'est pas le plus fort :
            Voulez-vous qu'il vive en ermite ?


Sources : Apologue d'Esope, rapporté par Plutarque (Le Banquet des Sept Sages, par. 13), qui rapporte les réflexions d'un loup voyant des bergers mangeant un mouton "Quel bruit vous mèneriez si je faisais ce que vous faites". Cette situation se trouve également dans Abstémius (Nevelet). La Fontaine en fait un développement très personnel.


Le Loup et les Bergers, Grandville

Le Loup et les Bergers, par J.J. Grandville

 

(1) Les loups d'Angleterre avaient été massacrés au Xe siècle, les princes gallois ayant exigé trois cents têtes de loup pour tribut, au lieu d'argent...
(2) Petit gentilhomme campagnard
(3) Publications de bannissement
(4) Galeux
(5) "atteint du pourri", maladie spécifique des moutons.
(6) Il y passera, je le dévorerai
(7) Crochets à suspendre la viande

 

 

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