Javascript Menu by Deluxe-Menu.com Jean de La Fontaine : un pari perdu
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Sonnet de Jean de La Fontaine  : 
"Sonnet"  (un pari perdu...)
 

Parler de La Fontaine sans parler un peu des événements
qui l'entourent serait un peu restrictif... Je vous propose
donc un petit sonnet, résultat d'un pari perdu...

Situons-le dans le contexte de l'époque...
Entre 1686 et 1697, s'était formée une coalition
contre les vues expansionnistes de Louis XIV et de
la France : c'était la Ligue d'Augsbourg ; elle réunissait :
l'empereur germanique, l'Angleterre, la Hollande, la Suède.
S'y étaient rattachés : le duc de Savoie, et plusieurs
Electeurs (Cologne, Mayence, Trèves) .

Guillaume d'Orange et de Nassau, roi d'Angleterre
sous le nom de Guillaume III, vient de remporter
en Irlande, sur les rives de la Boyne, une victoire sur les
troupes de Jacques II, roi d'Irlande catholique, qui dut
s'enfuir en France. (Jacques II était le beau-père de
Guillaume d'Orange) Juillet 1690

Nous sommes en 1690, à la fin de juillet.
Madame de Sévigné écrit à sa fille :
"On ne sait point encore ce qui s'est passé en Irlande."
La Gazette du 29 juillet annonce :
"Le prince d'Orange a été dangereusement blessé à l'épaule
d'un boulet de canon et a eu un autre coup à la jambe.
La consternation qui a paru dans le camp des ennemis
fait croire qu'il est mort de ses blessures."
Un journal de l'époque relate :
"A Paris, on a fait des feux de joie sur la nouvelle de la
mort du prince d'Orange..."
C'est là qu'intervient La Fontaine...
Il fait un pari avec l'abbé de Choisy, pari à l'origine du
sonnet. Choisy écrit :
" Je viens de parier contre le bonhomme La Fontaine
tous ses ouvrages contre le prix qu'ils valent que le prince
d'Orange n'est pas mort".
Choisy gagne son pari, le prince d'Orange n'est pas mort !
On pense que l'ensemble des ouvrages publiés alors
par La Fontaine était évalué à un louis d'or. La Fontaine
aurait gagné ce louis s'il n'avait pas perdu son pari...
Ayant perdu, il dut offrir ses livres.
La Fontaine n'a jamais eu de chance avec l'argent.
(Les citations sont tirées des notes de Pierre Clarac,
oeuvres diverses de La Fontaine)

Bonne lecture du sonnet, compréhensible maintenant
après ces précisions...
   SONNET SUR LE RETOUR DE GUILLAUME-HENRI DE NASSAU
    Prince d'Orange, en Angleterre, à Londres,
    où il arriva d'Irlande le ...du mois d.....1690 (*)

Guillaume, étant parti comme un second Achille,
D'un air moins triomphant revient, à ce qu'on dit.
Nous verrons quels projets maintiendront son crédit
Et s'il rendra la France en lauriers moins fertile.

On l'a fait déloger de devant une ville (1)
Qu'eût prise un argoulet (2), sans aucun contredit ;
Lazare après trois jours sort de terre et revit,
L'usurpateur Guillaume est trois mois immobile.

Ce ressuscité perd l'Empire et l'Empereur,
L'Anglais est divisé (3), les Turcs reprennent coeur ;
Les clients de Guillaume ont tous la nappe mise (4).

Si l'Irlande est témoin de ses faits inouïs,
Il met quatre Électeurs et Savoie en chemise (5),
Et le bruit de sa mort me coûte un beau louis.

(*) c'était le 12 juillet 1690
(1) Limerick, le 19 juillet
(2) soldat à cheval armé d'un arc
(3) Guillaume eut du mal à s'imposer en Angleterre
où Jacques gardait beaucoup de partisans
(4) ont fait tous les frais
(5) il les entraîne dans la défaite

 

 

 

 

 

Lire d'autres fables