Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : l'Homme et son image
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
L'Homme et son image,  Livre I, fable 11  
 
  L’HOMME ET SON IMAGE(*)

Pour M.L.D.D.L.R. (**)
Un Homme qui s'aimait sans avoir de rivaux
Passait dans son esprit pour le plus beau du monde :
Il accusait toujours les miroirs d'être faux,
Vivant plus que content dans son erreur profonde.
Afin de le guérir, le Sort officieux (1)
               Présentait partout à ses yeux
Les conseillers muets dont se servent nos Dames ;
Miroirs dans les logis, miroirs chez les Marchands,
               Miroirs aux poches des Galands, (2)
               Miroirs aux ceintures des femmes.
Que fait notre Narcisse? Il se va confiner
Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer,
N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. (3)
Mais un canal formé par une source pure,
              Se trouve en ces lieux écartés :
Il s'y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau.
               Mais quoi, le canal est si beau
               Qu'il ne le quitte qu'avec peine.
               On voit bien où je veux venir :
      Je parle à tous ; et cette erreur extrême
Est un mal que chacun se plaît d'entretenir.
Notre âme c'est cet Homme amoureux de lui-même ;
Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui,
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ;
               Et quant au canal, c'est celui
      Que chacun sait, le livre des Maximes.

Avant de commencer la lecture de "Lhomme et son image", rappelons qui était Narcisse : c'est ce jeune homme de la mythologie grecque qui fut séduit par sa propre image reflétée dansl'eau d'une fontaine. Ne pouvant la saisir, ilmourut de cette passion insatisfaite. (d'où le nom de la fleur qui poussa à l'endroit où il mourut et...le narcissisme ...
comme vous le saviez )

(*) L.F. semble avoir créé cette allégorie à partirdu mythe de Narcisse (Ovide, "Métamorphoses", III). Ici, son "Narcisse"se croit "le plus beau du monde" (c'est notre complaisance envers nous-mêmes) mais il trouve son image laide dans les miroirs, c'est pourquoi il les fuit (nous refusons de nous reconnaître). Le "canal", c'est le livre des "Maximes".Voici ce qu'en dit La Harpe dans son "éloge de La Fontaine" :"Quoi de plus ingénieusement imaginé pour louer un livre d'une morale piquante, qui plaît à ceux même qu'il censure, que de le comparer au cristal d'une eau transparente, où l'homme vain qui craint tous les miroirs parce qu'il n'en a jamais trouvé d'assez flatteurs, aperçoit malgré lui ses traits dont il veut en vain s'éloigner, et vers laquelle il revient toujours ? Peut-on louer avec plus d'esprit? "

(**) M. le duc de La Rochefoucauld
(Les Maximes viennent de paraître)
(1) obligeant, qui rend volontiers un bon office (Richelet)
(2) au XVIIème, t ou d
(3) n'osant plus se regarder dans les miroirs
l'homme et son image, Cham
Illustration : Cham

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