Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : Le Dragon à plusieurs têtes et le Dragon à plusieurs queues
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
Le Dragon à plusieurs têtes et le Dragon à plusieurs queues,  Livre I, fable 12
 

 

LE DRAGON À PLUSIEURS TÊTES
ET LE DRAGON
À PLUSIEURS QUEUES (*)

               Un Envoyé du Grand Seigneur
Préférait, dit l'Histoire, un jour chez l'Empereur
Les forces de son maître à celles de l'Empire.
               Un Allemand se mit à dire :
               Notre prince a des dépendants (1)
               Qui, de leur chef (2) sont si puissants
Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.
               Le Chiaoux, homme de sens,
               Lui dit : Je sais par renommée
Ce que chaque Électeur peut de monde fournir ;
               Et cela me fait souvenir
D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie.
J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer
Les cent têtes d'une Hydre au travers d'une haie :
               Mon sang commence à se glacer ;
               Et je crois qu'à moins on s'effraie.
Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal.
               Jamais le corps de l'animal
Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.
               Je rêvais à cette aventure,
Quand un autre Dragon, qui n'avait qu'un seul chef (3)
Et bien plus qu'une queue, à passer se présente.
               Me voilà saisi derechef (4)
               D'étonnement et d'épouvante.
Ce chef (3) passe, et le corps, et chaque queue aussi :
Rien ne les empêcha ; l'un fit chemin à l'autre.
               Je soutiens qu'il en est ainsi
               De votre Empereur et du nôtre.


Avant de lire la fable, certaines explications sont peut-être nécessaires :

- Le "Grand Seigneur" est le sultan des Turcs
- "l'Empereur" est le titre du souverain d'Allemagne
- le "Chiaoux", ici, est l'officier du gouvernement turc, envoyé comme ambassadeur.

(*)La source de cette fable a été trouvée par
Jacqueline Plantié ("Revue d'histoire littéraire de la France," Juillet-Août 1984) dans un recueil de Louis Garon, paru en 1628. L'apologue était destiné à montrer la désunion des princes chrétiens (une bête avec beaucoup de têtes et de queues, qui ne parvenait pas à traverser une haie parce que les têtes cherchaient chacune un trou à part, et de ce fait était bloquée) et la puissane des Turcs, unis (une bête à une seule tête et plusieurs queues qui passait partout lorsque l'animal fourrait sa tête par un trou ).
" Le voisinage de la fable "Les Voleurs et l'Âne", outre le fait que la fable est contée par un Turc à un Allemand, invite à la rapporter aux conflits d'Europe centrale.[...] D'autre part, [...] La Fontaine sait que le roi va être en conflit avec la Triple Alliance (Hollande, Angleterre, Suède), peut-être avec l'Empereur."
(L.F. , fables, éd. de G. Couton, Garnier)

(1) des vassaux
(2) par eux-mêmes
(3) tête
(4) de nouveau

illustration : François Chauveau
Illustration : François Chauveau

lire d'autres fables