Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : les deux chèvres
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison

Fable de JEAN DE LA FONTAINE :  Les deux Chèvres,   Livre XII,  fable 4

la paix des Pyrénées

Les deux Chèvres

Dès que les chèvres ont brouté,
Certain esprit de liberté
Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage
Vers les endroits du pâturage
Les moins fréquentés des humains :
Là, s'il est quelque lieu sans route et sans chemins,
Un rocher, quelque mont pendant en précipices,
C'est où ces dames vont promener leurs caprices.
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
Deux chèvres donc s'émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche (1),
Quittèrent les bas prés, chacune de sa part.
L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.
Deux belettes à peine auraient passé de front
Sur ce pont ;
D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond
Devaient faire trembler de peur ces amazones.
Malgré tant de dangers, l'une de ces personnes
Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant.
Je m'imagine voir, avec Louis le Grand,
Philippe Quatre qui s'avance
Dans l'île de la Conférence (2)
.
Ainsi s'avançaient pas à pas,
Nez à nez, nos aventurières,
Qui toutes deux étant fort fières,
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas
L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire
De compter dans leur race, à ce que dit l'histoire,
L'une certaine chèvre, au mérite sans pair,
Dont Polyphème fit présent à Galatée(3) ;
Et l'autre la chèvre Amalthée (4),
Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune.
Toutes deux tombèrent dans l'eau.

Cet accident n'est pas nouveau
Dans le chemin de la fortune.


Cette fable a paru en février 1691 dans
"Le Mercure galant".
Le sujet a servi de thème latin au duc de Bourgogne.

L.F. a profondément modifié un récit de Pline l'Ancien
(écrivain latin, Ier siècle après J.C., qui périt au cours de l'éruption du Vésuve), dans les "Histoires naturelles" qui racontait l'histoire de deux chèvres se rencontrant
sur un pont étroit, l'une se couchant pour laisser passer l'autre par-dessus son dos.

Ici, L.F. substitue au récit un exemple de la sottise humaine.
"Il se livre ainsi à la satire des chicanières querelles de préséances qui, depuis le roi Louis XIV [...] jusqu'aux moindres gentillâtres, en passant par les dames de la
Cour, les magistrats et les chanoines, occupaient ardemment tous les ordres de la société française."
(M.Fumaroli, La Fontaine, fables)

(1) ce sont donc des chèvres de qualité
(2) l'île des Faisans sur la Bidassoa. C'est là que se tinrent les conférences pour la paix des Pyrénées (lien sous le titre de la page), signée le 7 novembre 1659 et le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, célébré religieusement le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz.
(3) allusion à l'amour du cyclope Polyphème pour la nymphe Galatée. L.F. en avait fait un opéra inachevé : Galatée
(M.Fumaroli)
(4) quand il fut caché en Crète par sa mère, la déesse Rhée, pour le dérober à son père, Saturne (J.P. Collinet)

Les deux chèvres,

gravure J.B. Oudry, XVIIIe siècle


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