Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : Les deux rats, le renard et l'oeuf
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
Les deux Rats, le Renard et l'Oeuf, fin du livre IX  
( suite du Discours à Madame de La Sablière )  

LES DEUX RATS, LE RENARD ET L'OEUF

Deux Rats cherchaient leur vie ; ils trouvèrent un Oeuf.
(180) Le dîné suffisait à gens de cette espèce !
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un Boeuf.
Pleins d'appétit, et d'allégresse,
Ils allaient de leur oeuf manger chacun sa part,
Quand un Quidam (1) parut. C'était maître Renard ;
Rencontre incommode et fâcheuse.
Car comment sauver l'Oeuf ? Le bien empaqueter,
Puis des pieds de devant ensemble le porter,
Ou le rouler, ou le traîner,
C'était chose impossible autant que hasardeuse.
(190) Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation,
L'écornifleur (2) étant à demi-quart de lieue,
L'un se mit sur le dos, prit l'Oeuf entre ses bras,
Puis, malgré quelques heurts, et quelques mauvais pas,
L'autre le traîna par la queue.
Qu'on m'aille soutenir après un tel récit,
Que les bêtes n'ont point d'esprit.
Pour moi si j'en étais le maître,
(200) Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants.
Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans ?
Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaître.
Par un exemple tout égal,
J'attribuerais à l'animal
Non point une raison selon notre manière,
Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort :
Je subtiliserais (3) un morceau de matière,
Que l'on ne pourrait plus concevoir sans effort,
Quintessence d'atome, extrait de la lumière,
(210) Je ne sais quoi plus vif et plus mobile encor
Que le feu : car enfin, si le bois fait la flamme,
La flamme en s'épurant peut-elle pas de l'âme
Nous donner quelque idée, et sort-il pas de l'or
Des entrailles du plomb ? Je rendrais mon ouvrage
Capable de sentir, juger, rien davantage,
Et juger imparfaitement,
Sans qu'un Singe jamais fit le moindre argument.
A l'égard de nous autres hommes,
Je ferais notre lot infiniment plus fort :
(220) Nous aurions un double trésor ;
L'un cette âme pareille en tout-tant que nous sommes,
Sages, fous, enfants, idiots,
Hôtes de l'univers, sous le nom d'animaux ;
L'autre encore une autre âme, entre nous et les anges
Commune en un certain degré
Et ce trésor à part créé
Suivrait parmi les airs les célestes phalanges,
Entrerait dans un point sans en être pressé,
Ne finirait jamais quoique ayant commencé :
(230) Choses réelles quoique étranges.
Tant que l'enfance durerait,
Cette fille du Ciel en nous ne paraîtrait
Qu'une tendre et faible lumière ;
L'organe étant plus fort, la raison percerait
Les ténèbres de la matière,
Qui toujours envelopperait
L'autre âme imparfaite et grossière.

Cette fable termine le Discours à Madame de La Sablière, qui débute lui-même par un vibrant hommage à sa protectrice qu'il admire et tient en profonde et tendre amitié. Cet hommage est suivi de 4 récits relatant la ruse du cerf, celle de la perdrix, l'ingéniosité des castors, la stratégie des boubacks, où La Fontaine démontre chez les animaux une forme d'ingéniosité si on ne veut l'appeler intelligence, peut-être fondée sur la mémoire. La fable présentée ici va beaucoup plus loin dans la réfutation de la théorie de Descartes sur les "animaux-machines" en prouvant ici une aptitude à raisonner et une capacité à inventer....Les bêtes auraient en commun avec l'homme la forme corporelle de l'âme, mais pas l'autre, la forme incorporelle, qui n'appartiendrait qu'à l'homme... La Fontaine rejoint ici la doctrine de Gassendi....

(1) mot assez burlesque ici, un certain...
(2) écornifler : aller dîner chez autrui sans y être invité, par un esprid de goinfrerie ou d'épargne (Furetière)
(3) rendre subtil, au propre et au figuré...subtil

 

 

 

illustration de Grandville

 

 

illutration de Grandville

 

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