Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : Le chat et un vieux rat
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Fable, JEAN DE LA FONTAINE, 
Le Chat et un vieux Rat  Livre III, fable 18  

 

            LE CHAT ET UN VIEUX RAT

            J'ai lu, chez un conteur de fables,
Qu'un second Rodilard (1), l'Alexandre des Chats, (2)
            L'Attila, le fléau des rats,(3)
            Rendait ces derniers misérables. (4)
            J'ai lu, dis-je, en certain auteur,
            Que ce chat exterminateur,(5)
Vrai Cerbère(6), était craint une lieue à la ronde :
Il voulait de Souris dépeupler tout le monde.
Les planches qu'on suspend sur un léger appui,
            La mort-aux-Rats, les souricières,
            N'étaient que jeux au prix de lui.
            Comme il voit que dans leurs tanières
            Les Souris étaient prisonnières,
Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher,
Le Galand fait le mort, et du haut d'un plancher (7)
Se pend la tête en bas. La Bête scélérate
À de certains cordons se tenait par la patte.
Le peuple des Souris croit que c'est châtiment ;
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Egratigné quelqu'un, causé quelque dommage ;
Enfin qu'on a pendu le mauvais Garnement.
            Toutes, dis-je, unanimement
Se promettent de rire à son enterrement,
Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête,
            Puis rentrent dans leurs nids à Rats,
            Puis ressortant font quatre pas,
            Puis enfin se mettent en quête.
            Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite ; et sur ses pieds tombant,
            Attrape les plus paresseuses.
Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant :
C'est tour de vieille guerre; et vos cavernes creuses
Ne vous sauveront pas ; je vous en avertis ;
            Vous viendrez toutes au logis.
            Il prophétisait vrai : notre maître Mitis
Pour la seconde fois les trompe et les affine,
            Blanchit sa robe et s'enfarine ;
            Et de la sorte déguisé,
Se niche et se blottit dans une huche ouverte.
            Ce fut à lui bien avisé :
La Gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte.
Un Rat sans plus s'abstient d'aller flairer autour.
C'était un vieux routier ; il savait plus d'un tour ;
Même il avait perdu sa queue à la bataille.
Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S'écria-t-il de loin au Général des Chats :
Je soupçonne dessous encor quelque machine.
            Rien ne te sert d'être farine ;
Car quand tu serais sac, je n'approcherais pas.
C'était bien dit à lui ; j'approuve sa prudence.
            Il était expérimenté,
            Et savait que la méfiance
            Est mère de la sûreté.

Dans Esope, la ruse du chat est de se pendre ;
dans Phèdre, celle de la belette est de s'enfariner
et de faire la morte.
La Fontaine a rassemblé les deux ruses pour écrire la fable :

(1) on trouve ce nom chez Rabelais. Chez La Fontaine,
ce nom étaitdéjà utilisé dans " Conseil tenu par les rats :II,2
(2) référence à Alexandre Le Grand ....burlesque voulu !
(3) Attila était "le fléau de Dieu"...voici le fléau des rats !
encore une comparaison burlesque
(4) dignes de pitié
(5) Alexandre, Attila, voici "l'ange exterminateur !)
(6)dans l'antiquité, Cerbère était un chien à 3 têtes qui
gardait les Enfers. Voici ce qualificatif appliqué à notre
chat !
(7) le même mot indique ce sur quoi on marche et ce
qui est au-dessus de la tête. Ici, c'est le plafond.

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