Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : la Chatte métamorphosée en Femme
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, JEAN DE LA FONTAINE
La Chatte métamorphosée en Femme  Livre II,  18
 
Voici une fable, dont le thème serait plus proche de celui de la farce ou du conte, par laquelle La Fontaine nous montre que "chassez le naturel, il revient au galop". Bonne lecture !
LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE
EN FEMME (*)

Un Homme chérissait éperdument sa Chatte,
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
            Qui miaulait d'un ton fort doux :
            Il était plus fou que les fous.
        Cet Homme donc, par prières, par larmes,
            Par sortilèges et par charmes, (1)
            Fait tant qu'il obtient du Destin
            Que sa Chatte en un beau matin
            Devient femme, et le matin même,
            Maître sot (2) en fait sa moitié.
            Le voilà fou d'amour extrême,
            De fou qu'il était d'amitié.
            Jamais la Dame la plus belle
            Ne charma tant son Favori
            Que fait cette Épouse nouvelle
            Son hypocondre (3) de Mari.
            Il l'amadoue (4), elle le flatte ;
            Il n'y trouve plus rien de Chatte,
            Et poussant l'erreur jusqu'au bout,
            La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques Souris qui rongeaient de la natte (5)
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
            Aussitôt la Femme est sur pieds.
            Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, Femme d'être en posture (6).
        Pour cette fois, elle accourut à point ;
            Car ayant changé de figure,
            Les Souris ne la craignaient point.
            Ce lui fut toujours une amorce (7),
            Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli.
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.
            En vain de son train ordinaire
            On le veut désaccoutumer.
            Quelque chose qu'on puisse faire,
            On ne saurait le réformer.
            Coups de fourche ni d'étrivières (8)
            Ne lui font changer de manières ;
            Et, fussiez-vous embâtonnés (9),
            Jamais vous n'en serez les maîtres.
            Qu'on lui ferme la porte au nez,
            Il reviendra par les fenêtres.
 

Dans certaine ouvrages, les vers :

Et poussant l'erreur jusqu'au bout,
            La croit femme en tout et partout,

sont supprimés ou transformés (Radouant, Thirion etc.)
Il en est de même pour d'autres fables ...
(peut-être afin d'éviter des explications de texte trop approfondies pour la jeunesse d'une époque révolue...)

 

 

(*) Source : La chatte et Vénus (recueil de Névelet)

(1) Dans Ésope, Vénus est suppliée par la chatte amoureuse du jeune homme, d'être transformée et aimée du jeune homme.
C'est Vénus qui introduit une souris dans la chambre pour voir si le naturel est aussi transformé.
(2) maître en sottise
(3) fou, extravagant
(4) caresser, mais aussi au XVIIème "flatter, adoucir l'humeur  de" La Fontaine joue sur les deux sens.
(5) tissu de paille sur les murs ou le plancher
(6) en position de chatte aux aguets
(7) un appât
(8) donner des étrivières à quelqu'un : le fouetter, le battre
avec des courroies de cuir
(9) armés d'un bâton

 

la chatte métamorphosée en femme

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Illustration de François Chauveau.


La première édition des fables, en 1668, était illustrée par François Chauveau, avec  une gravure par fable, toujours située au-dessus du titre.


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