Javascript Menu by Deluxe-Menu.com <title>fable Jean de La Fontaine : l'Aigle et le Hibou
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
FABLE,  JEAN DE LA FONTAINE, 
"L'aigle et le hibou"  Livre V, fable 18   
 


     
            L'AIGLE ET LE HIBOU

L'Aigle et le Chat-huant leurs querelles cessèrent,
            Et firent tant qu'ils s'embrassèrent.
L'un jura foi de Roi, l'autre foi de Hibou,
Qu'ils ne se goberaient leurs petits peu ni prou.(1)
Connaissez-vous les miens ? dit l'Oiseau de Minerve.(2)
Non, dit l'Aigle.  Tant pis, reprit le triste (3) oiseau :
            Je crains en ce cas pour leur peau :
            C'est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes Roi, vous ne considérez
Qui ni quoi : Rois et Dieux mettent, quoi qu'on leur die,
            Tout en même catégorie.
Adieu mes Nourrissons, si vous les rencontrez.
Peignez-les-moi, dit l'Aigle, ou bien me les montrez :
            Je n'y toucherai de ma vie.
Le Hibou repartit : Mes Petits sont mignons,
Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons :
Vous les reconnaîtrez sans peine à cette marque.
N'allez pas l'oublier ; retenez-la si bien
            Que chez moi la maudite Parque (4)
            N'entre point par votre moyen.
Il avint qu'au Hibou Dieu donna géniture.(5)
De façon qu'un beau soir qu'il était en pâture,
            Notre Aigle aperçut d'aventure,
            Dans les coins d'une roche dure,
            Ou dans les trous d'une masure
            (Je ne sais pas lequel des deux),
            De petits monstres fort hideux,
Rechignés, un air triste, une voix de Mégère.(6)
Ces enfants ne sont pas, dit l'Aigle, à notre ami.
Croquons-les. Le Galand n'en fit pas à demi :
Ses repas ne sont point repas à la légère.
Le Hibou, de retour, ne trouve que les pieds
De ses chers Nourrissons, hélas ! pour toute chose.
Il se plaint; et les dieux sont par lui suppliés
De punir le brigand qui de son deuil est cause.
Quelqu'un lui dit alors : N'en accuse que toi
            Ou plutôt la commune loi,
            Qui veut qu'on trouve son semblable
            Beau, bien fait, et sur tous aimable.
Tu fis de tes enfants à l'Aigle ce portrait :
            En avaient-ils le moindre trait ?


La source de cette fable est Verdizzoti (f. 17)
Si le hibou avait décrit ses petits tels qu'ils
étaient réellement, ils n'auraient pas été dévorés par l'aigle. L'amour paternel du hibou l'a aveuglé...
Le dicton "l'amour est aveugle" est bien illustré ici.

(1) beaucoup
(2) la chouette, consacrée à Minerve. La Fontaine ne la différencie pas du hibou. Effet burlesque.
(3) oiseau de nuit, considéré comme "porte-malheur"
(4) certainement la Divinité "morta", responsable du destin et de la mort.
(5) terme burlesque qui se dit des enfants (Furetière)
(6) une des trois Furies

 

 

  l'aigle et le hibou, par Grandville

Cliquer pour agrandir

Lire d'autres fables